11/01/2006

L'amer , Bogart et moi

Il y a un coté fascinant à voir jusqu'à quel taux son alcoolémie peut monter dans un bar d‘hôtel la nuit.Je ne sais pas si c’est l’appel d’Hemingway ou l’écho de Miller qui me poussait à me saouler tout seul et pathétiquement dans la lumière tamisée propice à tous les reproches mais grosso modo je ne devais seulement avoir en commun avec eux une haleine fort peu avenante.Enfin bon coté crucifixion je pouvais encore rivaliser mais la mienne n’était pas si rose. Pendant que le piano se faisait torturer à mon avis par un parkinsonien pour le rythme doublé d’un alzheimer pour la partition s’employait a massacré consciencieusement tout les standards qui tiennent en ce genre d’endroit d’orchestre bavarois lors de la fête de la bière (à savoir un rythme de fond rassurant qui permet à tout un chacun de trouver sa cadence pour descendre au fond de son âme et plus tard –dans mon cas- au fond d’une cuvette qui en bonne confidente émaillée peut recueillir simultanément le contenu de mon amertume et de mon estomac), une chanteuse elle semblait pousser ses derniers soupirs en expiant un « Blue Moon » des plus tragi-comique qu’il m’ait été donné d’entendre à ce jour.Gloussant comme seul un homme ivre et sur de sa bêtise peut le faire j’hésitais une seconde puis décidais de reculer mon pour commander mon 15 ieme amareto (et oui je le confesse, je suis incapable de boire un alcool sec, c’est évidement moi glamour et rock star de se bourrer a la liqueur de grand mère , mais bon, j’assume ce coté féminin de ma déchéance) Quand le serveur me regarda avant de verser le dit verre , je vis dans son oeil ce mélange de mépris et de mercantilisme digne d’un quatrième rôle d’un film ou Bogart et sa tête de basset orphelin aurait traîné sa légendaire joie de vivre.Comme à chaque fois ou je bois seul, mes sempiternelles angoisses ressurgissent sans manquer. Moi et mon foutu problème de gestion du temps qui passe…Autant le dire je souffre d’un grave problème de décalage temporel entre mon cerveau et mon corps. Pas que je voyage dans le temps, mais que je n’ai jamais été foutu d’avoir l’horloge mentale réglée sur présent.C’est un peu comme pendant l’adolescence, vous savez quand l’importance que l’on donne aux histoires d’amour est pile inversement proportionnelle a leur intérêt réel, et bien moi je suis toujours en décalage sur tout, je ne pense jamais avoir été foutu de profiter d’une situation ou d’un amour car je me projette toujours dans un passé que je regrette ou un avenir qui me fait peur.Le spleen me gagne peut à peu et remplace le sucré de mon verre par l’amer de ma vie, comme sentant mon changement d’humeur le barman me refuse le suivant, ca tombe très bien en fait, il est temps de partir et en plus j’entends que le piano éructe les premières notes d’un écœurant « Let it be »…

05:24 Écrit par Barbidur | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |